
5ème jour ( 21 janvier 2004 ) - Osca-Lugoj
(après Timisoara). Température : -4 à 0: temps sec clair vent latéral
très fort.
Départ 8h30 arrivée 16h dont une heure de décalage
horaire. Journée très agréable. On entre en Roumanie sans problème:
douanière charmante. Contraste énorme entre Hongrie et Roumanie. Nous
sommes dans la région de Banat très pauvre aux villages ruraux décatis.
On croise des bergers emmitouflés dans d'immenses houppelandes de laine
brute de mouton qui gardent leurs troupeaux et des carrioles attelées à
l'ânesse et l'ânon.
Timisoara est une ville désolée (sauf le centre) et on
imagine ce qu'a pu etre l'insurrection populaire de 1989. On s'arrête à
Lugoj dans l'hôtel a côté de l'arrêt Euro Line. Nous n'avions pas mangé
à midi et on pique-nique dans la chambre le soir. Demain on sera encore
en Roumanie, le temps est à la neige.
Moto: changement du fusible général (plus de jus).

6ème jour ( 22 janvier 2004 ) -
Lugoj-Slatina, température -10 a -1. Temps clair bleu un peu
neigeux sur le soir 312 Km
Départ 9h, arrivée 16h. Traversée des cols des
contreforts des Carpates. Verglas, route défoncée. Vitesse souvent 40
Km/h, la conduite est difficile, Jean-Luc s'en sort royalement bien. Il
fait un froid si intense que notre haleine gèle dans le micro du Tuyau
Com et on ne communique plus. Enfin on redescend dans la plaine figée
par le gel. Deux arrêts pour taper la semelle et on repart. Toujours pas
de repas à midi, il faut profiter du peu de soleil. La route file
droite, champs pétrolifères, usines et villes grises et boueuses se
succèdent. La Valachie est sûrement plus riante en été. Nous arrivons à
l'hôtel recrus de froid, de boue et de fatigue. Mais eurêka, il y a une
station Internet pas loin et on va en profiter. Chaque jour qui passe
est une petite prouesse, on va au bout de nos limites et c'est une vraie
victoire.

7ème jour ( 23 janvier 2004 ) - Slatina -
Rousse température -10 à -6 , temps nuageux, ciel à la neige 270 Km.
En un mot, qu'est-ce qu'on fout là, c'est un raid et on
l'est, mais de froid. Les poignées chauffantes sont arrêtées et les
fusibles pètent quand même.
Paysage : morne plaine enneigée, le vent ramène les
congères sur la route, c'est atroce.
De Bucarest, on dit qu'on aime ou qu'on déteste, nous,
on déteste. Ville grise, HLM béton gris, rues a trous (taille d'une
cocote minute), le gel ravage tout. 100km plus loin, passage de douane,
les douaniers ont aussi froid que nous et on passe sans contrôle: pas de
taxe de désinfection, pas de taxe d'entretien des routes. Juste après
avoir roulé dans le pédiluve (désinfectant) obligatoire, on répète un
fusible: changement dans le "no man's land" fouetté par le vent,
ambiance! Grand salut des routiers, les veinards, ils ont plein de
roues. On progresse difficilement sur le verglas et on arrive au Family
Hotel qui vient d'ouvrir, ouf! La moto et Jean-Luc se roulent par terre
en voulant rejoindre Dominique partie à pied en éclaireur vers l'hôtel.
On se console avec plein de spécialités bulgares et on échange notre
Genépi contre leur Schnaps local... Demain, c'est demain, Istanbul a 600
Km et ça, ce n'est pas pour demain.



93ème jour (18 avril 2004) - Russe Sibiu -
température 08 18 ciel couvert - 360 Km
A 9 h il nous faut partir. Nous aurions bien aimé rester
davantage avec nos amis bulgares, mais un défi reste un défi et nous
devons arriver dans 7 jours à Grenoble. La moto peine elle aussi au
démarrage. Nous passons la frontière très rapidement (plus besoin de
carnet de passage en douane, nous sommes en Europe). La Roumanie nous
offre un visage plus riant que cet hiver. On ne reprend pas la même
route et on passe plus haut dans les Carpates que l'on avait essayé
d'éviter. Les monastères nichés dans la forêt se succèdent, les villages
sortent de l'engourdissement hivernal, on retrouve les petits chevaux
attelés aux charrettes et les cigognes ont repris possession des
cheminées et de pylônes. Nous faisons étape à Sibiu en Transylvanie
méridionale. L'urbanisation bétonnée que l'on voit tant en Roumanie n'a
pas eu de prise ici. On s'est trouvé une pension à l'accueil
réfrigérant, la moto est dans la cour et après un simple dîner de
sandwichs, on aspire au repos.

94ème jour (19 avril 2004) - Sibiu Szentes
- température 10 20 ciel couvert puis bleu - 400 Km
C'était une belle journée avec une péripétie douanière
en fin d'après-midi. Nous quittons sans même petit-déjeuner cette
pension si désagréable ( nous confirmons la mention du 'Routard' :"n'y
aller qu'en solution de repli"). Les villages que nous traversons sont
tous faits de maisonnettes aux toits aux pans coupés, grand portail
fermant une cour de ferme. On s'arrête à l'écart de la route pour voir
un prieuré, et aussitôt des enfants tziganes en proposent la clé et bien
sûr quémandent. On ne reste pas car on a envie d'être en Hongrie ce
soir. Cela ne nous empêche pas de faire une pause déjeuner dans un
'routier' local: goulasch et eau minérale. A la frontière hongroise, on
a droit à une fouille complète de tous les bagages par un militaire
suivie quelques temps après d'un questionnaire serré. Pour les
impressionner, nous relatons que le consul de France nous a reçu en
Inde, et aussitôt: "Quel est son nom?", "à quelle date ...?" et ainsi de
suite. Jusqu'à aujourd'hui, nous nous sentions des voyageurs héroïques,
et les douaniers s'entraînant pour leur rôle de protecteur de l'espace
Schengen l'année prochaine veulent nous prendre pour de dangereux
terroristes internationaux !!!! Excusez du peu: Penjab, Népal, Pakistan,
sans oublier Iran et Turquie avec la "blanche" qui tue et l'herbe qui
fait rire ... On attend goguenards sur le banc de déballage et enfin nos
passeports reviennent accompagnés de sourires contrits.
Dès la frontière passée, la transition entre les deux
pays est visible. Campagne au cordeau, maisons plus cossues. Encore une
'pansyo' pour ce soir. Toute la maison est 'non-fumeur', nous ne
l'apprenons qu'installés dans la chambre réglée; aïe! aïe! pour
Dominique qui avait fait son plein en liquidant les derniers Leu
roumains. Cela dit, Jean-Luc est ravi, hier c'était le rakiya,
aujourd'hui, il goûte au barackpalinka (eau de vie d'abricot) en
apéritif comme il se doit tant en Bulgarie qu'en Hongrie. Hier, le verre
conséquent était plein à raz bord, aujourd'hui, on voit bien qu'on n'est
plus chez des amis...
