
12ème jour ( 28 janvier 2004 ) -
Simeongrad Svileri - température -6 à 0 - temps; pluie vent brouillard -
230 Km.
Après une nuit glaciale (le poêle s'est éteint) et à
l'étroit (heureusement les calories humaines sont efficaces), voilà un
lever de jour blafard. Une fixation de la valise droite s'est rompue. On
sangle serré, il faudra que ça tienne.
Il n'a pas neigé cette nuit, et on peut partir vers
10h30 quand les camions TIR ont "fait la route", nous avons démarré au
pas dans la bouillasse sur la route pavée, un cauchemar! Puis la route
s'est dégagée et le brouillard s'est installé. Nous arrivons a la
frontière, nous n'y restons qu'une heure avec le contrôle d'une seule
valise, Ouf! on n'a pas eu à défaire toutes les sangles.
Les douaniers et les gens de la file d'attente sont
étonnés de voir des motards par un temps pareil. Confidence pour
confidence, nous aussi!
Nous voilà enfin en Turquie!
On s'arrête à 20 Km d'Istanbul. Le vent souffle si fort
que la moto se déporte sans cesse et qu'il faut encore rouler sur la
voie d'urgence ( en fait celle des tracteurs) en première, à 20 Km/h.
Jean-Luc se serait cru sur l'île de Sein par temps de grandes marées,
épouvantable!
On trouve un hôtel très confortable et on part tout de
suite dîner, le dernier repas remontant à hier midi. On va se promener
dans la nuit venteuse sur les berges du Bosphore: c'est Nice en
miniature. Retour à l'hôtel et Dominique assure les vicissitudes du
commun de mortels: lessive de nos seuls vêtements que l'on porte depuis
12 jours.
Nous pensions ne jamais atteindre la Turquie, c'est
chose faite, il nous faudra maintenant traverser les hauts plateaux
d'Anatolie pour atteindre l'Iran. Après encore quelques jours de grand
froid, la chaleur d'Asie sera au rendez-vous et le moral est au beau
fixe.

13ème jour ( 29 janvier 2004 ) - Istanbul
Bolu - température 15 à 5 - temps nuageux et venteux - 310 Km.
C'est un jour un peu spécial, c'est l'anniversaire de
Jean-Luc et la nuit tombant, on s'offre un très bel hôtel qui nous
repose de tous ces jours éreintants.
Nous avons traversé Istanbul tôt ce matin, nous
promettant d'y séjourner un peu au retour. Nous passons le détroit du
Bosphore sur le pont à péage et arrivons sur la rive Asiatique. Le vent
souffle en rafales et on roule lentement entre la mer Noire et la mer de
Marmara qui débouche sur la mer Égée par le détroit des Dardanelles.
Toutes ces mers sont grises et houleuses sous le ciel bas, mais l'été,
cela doit être superbe!
On prend l'autoroute d'Ankara et on se régale les yeux
avec un paysage de montagne magnifique. C'est vraiment un spectacle
saisissant. On a à notre droite l'Anatolie, à notre gauche la chaîne
Pontique: que c'est beau!
On s'est arrêté 2 fois 30 minutes, le temps que Jean-Luc
récupère, tant la tenue de la moto sous les rafales est épuisante.
Ce soir, il fait bon, le vent s'est un peut calmé, la
moto a bien tourné, le radiateur et la pompe à eau qui nous posaient
soucis paraissent finalement OK, les sangles tiennent bien la valise et
donc bilan positif de ce 13ème jour, pour un 51ème
anni si peut banal.

14ème jour ( 30 janvier 2004 ) - Bolu
Amasya - température +15 à +2 - temps sec avec quelques ondées - 410 Km.
Nous sommes partis de Bolu sous un petit crachin qui a
vite cessé, puis nous avons emprunté la E80 qui traverse la Turquie
d'Ouest en Est et nous arrivons ce soir en Anatolie Orientale. Ca y est,
nous sommes sur la route de la soie. Amasya est un petite ville
au bord de la rivière verte, on aperçoit dans la falaise qui surplombe
la rivière et la ville les tombes royales du Royaume du Pont ( 3 siècles
Avant JC).
On s'est trouvé une pension modeste juste en face et la
moto est gardée.
C'était une magnifique journée, traversant les hauts
plateaux sur une route blanche. On passait des Hautes Alpes au Ventoux.
On s'est arrêté pour un déjeuner 'rapide', tant nous avions hâtes
d'arriver a l'étape.
Demain on s'attend au pire pour l'arrivée sur Erzincan,
mais on est fier de réussir ce que nous avons entrepris. On est heureux
de chaque journée passée et il est bien difficile de traduire par écrit
la beauté endormie des paysages et nos joies quotidiennes.

15ème jour ( 31 janvier 2004 ) - Amasya
Erzincan - température +8 -15 -2 temps nuageux, averses puis ciel clair
- 310 Km
Après une soupe et un café , nous voilà partis non sans
avoir admiré les tombes royales dans la falaise. Il faisait doux et,
incroyable, nos premiers moucherons explosent sur les visières. Nous
traversons une vallée fertile et quelques hameaux avec leurs modestes
mosquées flanquées d'un fin minaret.
Lors d'une pause, un policier dans sa voiture banalisée
se cache derrière nous pour radariser les minibus qui roulent à fond. On
bavarde 3 minutes, il repart, nous aussi. Le problème Kurde pour nous
voyageurs ne se perçoit qu'à la présence de nombreux militaires armés le
long de la route. Quant à nous, c'est sans aucun doute plus par
curiosité qu'autre chose que nous avons eu un contrôle. On a souvent
l'impression que police et gendarmerie suivent notre parcours, et ce
n'est pas plus mal. Bientôt la route grimpe dans la montagne, la
température fraîchit et le neige apparaît. La route est parfaite, puis
la côte s'accentue et le paysage devient uniformément blanc. Un passage
boueux et défoncé est particulièrement difficile à traverser. Nous
atteignons le col à 2160 m. et c'est beau à couper le souffle.
On redescend lentement derrière quelques camions
iraniens, aujourd'hui c'est jour de prière chez les musulmans et le
trafic est très calme. Parfois, nous sommes seuls sur plusieurs Km dans
toute cette immensité.
Un camion girafe, chargé de ballots complètement penché
sur le côté droit avance devant nous et d'un coup d'accélérateur, nous
le dépassons pour ne pas voir tout basculer. Après 50 Km de descente,
nous arrivons à Erzincan, petite ville à 1200 m d'altitude, pimpante,
moderne et vivante. Il y a même des feux tricolores dotés de compte à
rebours numériques indiquant les temps de passage du rouge au vert et
inversement. Pas mal non ?
En fin de journée, nous trouvons un petit hôtel modeste
et on gare la moto dans la montée d'escalier d'un immeuble en
rénovation. A peine installés, on repart au cybercafé repéré
précédemment et voilà, c'est aujourd'hui que le site est remis à jour.
Après un repas vite fait "au Turc du coin", kebab de boeuf, crudités et
pain turc en grosses tranches délicieuses, c'est l'heure du repos.
Demain, derniers hauts cols à franchir et nous serons dans la plus
grande haute ville du pays, Erzorum

16ème jour ( 01 février 2004 ) - Erzincan
Erzurum - température -15 -18 ciel nuageux, air sec - 190 Km
Aujourd'hui, nous avons eu l'explication de l'activité
fébrile que nous avions vu la veille (marchands de bestiaux à la porte
de la ville, commerces surpeuplés et police très active par haut
parleur). Il s'agit de la fête de Kurban Bayrami, c'est a dire fête du
sacrifice qui a lieu 10 mois et 10 jours après la fin du Ramadan. Pour
nous voyageurs, il est étrange de voir les bêtes (veaux et moutons)
entravés puis abattus dans la rue sur le trottoir et dépecées sur place.
Heureusement qu'il fait une température de congélateur! On a même vu le
rite se faire dans une cour de gendarmerie, les entrailles restent sur
place et seront peut-être emmenées par les éboueurs dans 4 jours lorsque
la fête religieuse sera finie. En attendant, tout est fermé, boutiques,
échoppes, restaurants et la plupart des stations service: pas simple
pour le ravitaillement!
De ce fait Erzurum nous a paru assez sordide avec les
entrailles et les ordures à tous vents. Nous étions garés le long du
trottoir pour chercher un hôtel dans le guide quand une voiture noire
nous a foncé dessus en marche arrière. En surgissent des soldats armes
au poing qui nous intiment l'ordre de déguerpir. Nous n'avions pas vu
que nous nous étions arrêté le long des grilles du Quartier Général de
la police. Puis nous avons quand même trouvé un hôtel luxueux à 4 km de
la ville dans La station de ski, à prix négocié et c'est bien
cool. Ce soir, bavardages intéressants avec des vacanciers d'Ankara,
profitant des 4 jours chômés pour venir skier. Ils nous confirment leur
mal-aise vis a vis de l'Amérique actuelle et leur espérance quant à leur
entrée dans l'Europe.
La journée a été courte sur la moto, 4 heures seulement,
mais une frayeur terrible au milieu de nulle part. En redémarrant après
une pose pipi, une fumée bleue et abondante s'échappe au niveau du
radiateur. Jean-Luc coupe le contact et on saute de la moto. Ouf!, ce
n'était que de la boue qui avait giclé sur le collecteur d'échappement.
Ce soir, à la télévision, on voit qu'à l'ouest de la Turquie les
températures sont positives et qu'a l'est, le thermomètre descendra à
-20 demain, et ça, c'est pour nous.

17ème jour ( 02 février 2004 ) - Erzurum
Dobegunazit - température -20 ciel bleu air pur - 290 Km.
Une journée merveilleuse d'un spectacle sans fin. Nous
roulons dans un paysage beau à en pleurer d'émotion. Le ciel est bleu
cristal, les montagnes semblent être des dunes de neige. Nous longeons
un moment l'Euphrate qui prend sa source non loin de là. L'air vif est
mordant et la route est parfaite. Ce sont des heures inoubliables et
notre première journée de voyage par beau temps. Nous faisons des pause
photo, c'est irrésistible, même si elles ne pourront traduire
l'immensité de ce que nous avons vu. Parfois, comme dans le désert, il y
a des mirages sur la route parfaitement sèche. Nous approchons de la
dernière ville avant la frontière.
Si partout les Turcs ont été très hospitaliers: thé
offert pour nous réchauffer dans les stations, sourires, curiosité,
questions, ici c'est très différent. Jet de bouteilles plastiques, de
cailloux, enfant qui tire au pistolet Répliqua après une longue mise en
joue, regards noirs, c'est la déception. On trouve un hôtel routier au
confort très rudimentaire et pour clore le tout, comme c'est toujours
férié, pas de bouf. On trouve quand même de l'eau et des gâteaux secs et
dès 20 heures, on se couche et on dort. Demain on passe la frontière
turco iranienne et on quittera ce TDCDM (on vous donnera le site qui
permet de comprendre dans quelque temps). L'extrême Est du pays est
entièrement différent de l'ouest: pauvre, sale, moyenâgeux: petits
hameaux de maisons faites de blocs de moellon ou de pierre, aux toits
plats et aux cônes de bouse séchée devant les portes pour le
combustible. Les gens n'ont plus l'allure européenne, mais le teint
sombre et le cheveux très noir. Vivement demain



86ème jour (11 avril 2004) - Dogubayazit
Erzincan - température 8 26 ciel bleu - 540 Km
La journée s'est déroulée dans un sentiment
d'allégresse. Le temps était magnifique, l'air très pur et nous étions
ivres de ces grands espaces.
Fin janvier, sur cette même route parcourue en 2 jours,
chaque km était une petite victoire. La neige épaisse enveloppait le
paysage et il faisait -20. Aujourd'hui, la neige s'accroche encore un
peu par plaques mais fait place aux montagnes moutonneuses à l'herbe
rase où paissent d'innombrables troupeaux de brebis. L'eau ruisselle en
petits torrents et les familles turques pique-niquent dans le moindre
vallon, laissant hélas papiers et plastiques derrière eux. La route
grimpe encore et c'est l'immense solitude des plateaux d'Anatolie
Orientale. On voyage toute la journée au dessus de 1600 m. On dépasse
bien vite Erzorum où nous étions pass2 lors de la fête du sacrifice et
où tous ces animaux égorgés en pleine rue nous avait écoeuré. On
s'arrête à Tecinan, petit bourg à 2400 m. La terrasse ensoleillée d'un
café nous tend les bras et bien vite on lie connaissance avec les
habitants. La discussion en anglais basique est drôle et les Turcs ne
mâchent pas leurs mots lorsqu'ils parlent des Iraniens. Autour de la
table, ils sont tous musulmans, et appellent les Iraniens le 'musulmans
fous'. Ils disent qu'ils se piquent à l'héroïne et sniffent de la
cocaïne. Il y a sûrement du vrai dans tout cela, car nous y avons vu à
plusieurs reprises des seringues montées, jetées sur les aires de
parking, qui n'étaient ni s'insuline ni d'héparine. Ils disent aussi que
la Turquie est divisée en deux: l'ouest prospère et l'est très pauvre.
De cela aussi, nous nous étions rendu compte.
Enfin il nous faut repartir et nous arrivons à Erzincan.
Le même hôtel nous accueille et la moto retrouve sa place dans la montée
d'escalier voisine. On retourne flâner en ville et on renoue avec la
civilisation en faisant nos provisions dans un super marché identique
aux notre. Depuis que nous sommes en Turquie, à midi, nous aimons
pique-niquer d'une belle miche de pain turc si délicieux accompagné de
fromage de brebis qui s'émiette facilement. On achète aussi une
confiserie du pays, sorte de pâte de figue truffée de cacahuètes. Le
soir est là et des lits aux draps immaculés nous attendent. Tant pis
pour la douche, en Turquie, il y a une certaine heure pour l'eau chaude
et bien sûr, on l'a loupé!!!
NB: Dominique a appelé sa fille Marie et on a appris qu'aujourd'hui,
c'était Pâques!!!!

87ème jour (12 avril 2004) - Erzincan Ünÿe
- température 15 26 ciel bleu - 300 Km
Depuis quelques jours, toutes les heures sont belles.
Nous avons un moral éblouissant et la moto abreuvée au sans plomb turc
semble satisfaite. C'est une autre étape de montagne avant de descendre
vers la Mer Noire. La chaîne Pontique s'étend à l'infini. La neige cède
le pas peu à peu. Apparaît enfin la première végétation depuis des
jours. Ce sont des bouleaux encore blancs qui dressent leurs fûts dans
l'air tiède. Puis au fil des Km, ils deviennent verts et les champs
cultivés s'étendent de part et d'autre de la route. A midi, on quitte la
route principale pour aller dans un tout petit village à flanc de
montagne. Les gens y sont bienveillants et curieux.
Les écoliers ont une tenue charmante: petite blouse courte à martingale
et col rond blanc brodé de motifs. On se régale d'un kebab au mouton
posé sur un lit de fines tranches de pain et accompagné de tomates et
poivrons. Le patron tout excité et ravi nous a offert le thé. Personne
de parle d'autre langue que le turc, mais pourtant on réussit à
expliquer notre voyage et eux, à nous dire qu'ici c'est tout petit, pas
comme Ankara ou Istanbul. Apparemment ils sont très heureux que l'on se
soit arrêté là, loin de la E80, mythique route de la soie.
Après Niksar, on bifurque pour rejoindre la Mer Noire et
la montagne semble ne pas vouloir céder sa place à la mer. Maintenant,
poussent les noisetiers. Ünÿe est le royaume de la noisette. Enfin,
après la forteresse médiévale sur un promontoire rocheux, on arrive dans
la ville. Très prisée par les turc, elle nous semble un peut décevante.
Sur la place principale pousse un çinar (platane oriental) vieux de 500
ans et encore dépourvu de son feuillage. On trouve un hôtel modeste.
Pour l'heure, on attend 18h pour l'eau chaude et la prière car il y a
une mosquée à 10m. Gare au réveil 'en fanfare' à 04h45 demain matin!!!!

88ème jour (13 avril 2004) - Ünÿe Abana -
température 15 20 ciel menaçant - 360 km
Ce matin, comme prévu, à 04h45 le muezzin a lancé son
appel à la prière: quelques paroles et une mélopée déchirante comme s'il
n'arrivait pas à enlever ses doigts coincés dans une porte!!! Tout çà
relayé et amplifié par les mégaphones du minaret. On se rendort quand
même et après le p'tit déj. traditionnel turc ( olives, pain frais,
fromage de brebis, oeuf dur et thé), on démarre sous un ciel bien
menaçant. On se sent un peu morose, à l'unisson du temps. La mer est
aussi grise que le ciel, les villes nous semblent toute délabrées avec
leurs constructions inachevées. Sur 100 Km, la côte n'a rien d'attrayant
et on se sent frustré et déçu. A midi, à la terrasse d'un café, c'est
Ahye qui nous offre le thé. Il a vécu 22 ans à Metz. Il est amusant, il
dit qu'en France "les arabes pas bon", qu'en Turquie, "les hôtels pas
bon" et qu'il n'y a qu'une ville à voir, Antalia "comme Marseille".
Après Sinope, le ciel bleu arrive, le moral remonte et
la côte devient verdoyante. La route emprunte des corniches et nous
traversons des vallons qui ressemblent à la France. Les villages sont un
peu comme chez nous à ceci près que le minaret de la mosquée remplace le
clocher de nos églises. Dans cette région, les mosquées sont bien
différentes de celles rencontrées en Iran: ce sont des maisons carrées
au toit pentu qui ne se distinguent que par le fin minaret qui y est
accolé. Ce soir nous sommes à Abana, petit village en bord de mer de
3600 habitants et le seul hôtel est situé .... devinez où? Et bien à
côté de la mosquée!! Elle est d'ailleurs très jolie avec son minaret en
bois et jouxte des maisons anciennes elles aussi en bois. On fait un
tour du village, parle avec quelques habitants. Beaucoup ont vécu en
Allemagne et parlent en allemand avec Jean-Luc.
Pour clore la journée, on a eu à 21h un canon entre les deux muezzins du
village qui se renvoyaient les sourates ( Dominique aime bien).

89ème jour (14 avril 2004) - Abana Amasra
- température 17 10 ciel bleu puis nuages - 200 Km
C'est sous la pluie que nous arrivons à Amasra, gros
village ceint de remparts au bord de la Mer Noire. Pour une fois, nous
choisissons un bon hôtel. Après cette journée, on a bien besoin de
confort et d'eau chaude. Elle avait magnifiquement commencé. La route de
la corniche était superbe, boisée de pins et de noisetiers et saturée du
parfum de l'aubépine. Dominique bombarde de photos ce paysage
enchanteur. Les aplombs où la forêt dégringole jusque dans la mer, les
criques tout en bas de l'escarpement, tout celà, pour que Jean-Luc
puisse voir ce que la concentration de la conduite lui a empêché de
découvrir.
Après une centaine de Km, un panneau annonce une
déviation par le village, là bas, tout au fond de la crique. Il y a eu
un gros glissement de terrain qui a emporté la route. A peine avons-nous
amorcé une descente très raide, nous tombons sur une mosquée et quelques
maisons entièrement basculées sur le côté. Il y a tant d'éboulis que
Dominique descend de la moto et continue à pied, comme aux bonnes heures
des oueds du Baloutchistan. Enfin, on arrive au niveau de la mer où
quelques lopins de colza éclatent sous le soleil. Tout en roulant, on
jauge le raidillon étroit que l'on doit prendre pour rejoindre la route,
et il s'avère être d'un niveau à peine plus difficile que la route de
Katmandou. Il est plein de graviers et d'eau de ruissellement. On
s'élance, les pneus mordent et on monte ... mais à mis parcours,
horreur, un minibus descend ... Il prend tout le lit et a du mal à
s'immobiliser, tant ses pneus glissent sur le gravier. Jean-Luc coupe
alors le moteur, essaye de stabiliser et on recule, sans possibilité de
stopper les 400 kg de l'équipage. C'est la mega chute dans l'ornière
boueuse. Pas de blessé, on se relève et du hameau, surgit une dizaine
d'hommes qui redressent promptement la moto ( ils sont forts ces
turcs!). Bilan: un clignotant cassé ( la super glue iranienne a réglé le
problème!), la valise droite éraflée et nous, couverts de boue. Le
pantalon en cuir de Dominique a fait son travail de protection, Jean-Luc
a le genou et la cuisse éraflé à travers le jean, mais Dominique a mal
au poignet droit. Pour finir l'histoire, Dominique a grimpé le raidillon
pour bloquer tout véhicule éventuel et Jean-Luc a lancé la moto et a
réussi du premier coup "la montée impossible" craignant à tout moment
que la roue avant ne décolle.
Avis aux motards: pour faire les 230 Km de cette route
côtière, mieux vaut un 'trail', et la faire en juin.
Tout est bien qui finit bien, maintenant il pleut et
nous sommes comme des pachas ( c'est bien leur pays, non? ) dans notre
chambre avec vue sur la mer ourlée d'écume et toute grise. Ne croyez pas
que nous en avons assez du voyage, ce matin, dans nos micros, nous
organisions le matériel à choisir pour le prochain raid...

90ème jour (15 avril 2004) - Amasra Bolu
via Safranbolu - température 5 0 ciel couvert, pluie, flocons de neige -
215 Km
Dépités par le temps couvert et froid, nous enfilons les
combi de pluie la mort dans l'âme. Par chance, la pluie cesse vite et si
le ciel est gris, tant pis. On se félicite de ne pas avoir pris cette
route à l'aller, les piquets de neige et les panneaux "équipement de
neige" nous indiquent clairement les conditions hivernales. Avec cette
route en lacets, cela eut été la galère assurée. La route de la soie
était donc la bonne voie.
On roule tranquillement sans se presser, on a le temps
d'éviter les grosses tortues de terre qui se promènent sur l'asphalte.
On arrive à Safranbolu où l'on a décidé de faire une longue pause. Cette
petite ville, autrefois capitale du safran ( d'où nom) est sauvegardée
par l'UNESCO et le gouvernement turc. Les maison ottomanes aux croisées
de bois étroites sont superbement restaurées. A peine garés dans la
vieille ville, on se précipite dans une pâtisserie musée. Jean-Luc
toujours aussi curieux des coutumes culinaires locales!, goûte chaque
spécialité et se décide pour des lukums à la noisette enrobés de coco
râpé, avec un thé, hum, délicieux! On flâne dans les ruelles pavées et
pentues. A l'arrêt-pipi avant de repartir, Dominique se fait subtiliser
sa ceinture de moto. C'est la tuile doublée d'une bonne colère. Aléas du
voyage ...
On reprend la route et dès 17h on s'arrête, il pleut et
les flocons arrivent. Du coup, on s'offre le bel hôtel où nous étions
pour l'anniversaire de Jean-Luc. Dîner au restau, on bavarde un instant
avec un couple de français s'offrant une semaine turque. Et puis comme
chaque soir, avec toutes nos journéEs au grand air, on s'endort comme
des masses.

91ème jour (16 avril 2004) - Bolu
Simeongrad - température 5 15 ciel bleu - 520 Km
C'est dispos que l'on attaque notre dernière journée
turque. Dominique grande amatrice de pains va regretter le pain turque
qu'elle place avant le pain français. Notre parcours en Turquie ne nous
aura permis que de découvrir le nord-est et le nord-ouest. Le sud-est
était exclu, trop proche de l'Irak et des zones kurdes incertaines. Un
regret cependant: n'avoir pas eu le temps d'aller dans le Cappadoce mais
la Turquie n'est qu'à trois heures d'avion, alors ... Autre choix: nous
n'avons plus le courage d'affronter les mégapoles asiatiques où circuler
est si pénible, donc impasse sur Istanbul. On traverse le pont du
Bosphore sans neige cette fois et arrivons sous le soleil en Bulgarie.
Quels changements depuis janvier, tout est vert, en fleur, les semailles
son faites. On retrouve la maison de Danjo et ce sont des embrassades de
retrouvailles. Sa femme est là ainsi que Kalin, un voisin. On offre une
tournée de bière pour nous et Vodka pour eux et par mots d'anglais,
d'allemand, par gestes et par photos, on raconte le voyage. A la nuit,
nous retrouvons notre chambre, il n'y fait plus froid.
